Guinée : La présidentielle de tous les enjeux et défis!
Le 27 juin 2010, plus de quatre millions de guinéens se rendront aux urnes pour choisir, parmi 24 candidats, celui qui aura la charge de diriger le pays pour cinq ans. Qualifiée d’historique, la présidentielle du 27 juin s’annonce avec des enjeux énormes et des défis à relever nombreux.
Le premier enjeu de cette élection est lié à son organisation dans la transparence. Là-dessus, tous les regards sont tournés vers la Commission Electorale Nationale Indépendante (Ceni). Celle-ci collabore avec le Ministère chargé de l’Intérieur à l’organisation des consultations électorales et référendaires. A ce titre, la CENI prend part à la conception, l’organisation, la prise de décision et l’exécution, depuis l’inscription sur les listes électorales jusqu’à la proclamation des résultats provisoires.
A moins d’une semaine de la tenue du scrutin, la CENI s’active à jouer son rôle et à assumer pleinement ses responsabilités. L’organisation de l’élection est maintenue pour le 27 juin. Depuis le 10 juin, les documents électoraux ont été acheminés vers les circonscriptions électorales suivant un programme basé sur quatre axes principaux. La distribution des cartes d’électeurs a démarré sur toute l’étendue du territoire. Seulement voilà.
Il y a là un premier défi véritable à relever. Dans biens des quartiers de Conakry et certaines préfectures de l’intérieur du pays, la distribution des cartes d’électeurs a été émaillée d’irrégularités. Certains sont allés jusqu’à parler de vol de cartes d’électeurs. Parce que tout simplement, malgré la présentation de leurs récépissés, ils n’ont pas encore reçu les documents leur permettant d’accomplir leur devoir civique. Même que certains chefs de quartiers et élus locaux à l’intérieur de la Guinée refusent de délivrer les cartes d’électeurs à des citoyens qui ne partageraient pas leurs convictions politiques. Ce qui n’est pas de nature à apaiser la situation.
Vu l’engouement avec lequel les populations sont décidées à aller au vote, c’est un paramètre à prendre très au sérieux. La CENI devrait donc mieux communiquer sur les modalités de vote. En procédant notamment à la vulgarisation de la décision conjointe N°203 du MATAP et de la CENI. Celle-ci stipule, en son article 1, que dans le cadre de l’élection présidentielle du 27 juin 2010 et des autres consultations électorales, le vote se fait avec la carte d’électeur biométrique ou exceptionnellement et dans les conditions déterminées par la présente décision, le récépissé d’enregistrement avec photo. Toutes choses qui pourraient éviter des troubles le jour du vote.
Le deuxième enjeu de la présidentielle du 27 juin s’articule autour de l’acceptation des résultats, non seulement par les candidats mais aussi par leurs militants et sympathisants. S’il est évident chez la plupart des observateurs que l’élection sera serrée, il n’en n’est pas de même chez certains leaders politiques. Plus d’un candidat pense qu’il sera vainqueur dès le premier tour.
Aujourd’hui, la Guinée compte 129 partis politiques. Paraît que c’est le pays qui en détient le plus sur le continent. Une autre exception guinéenne ?
Mais osons l’écrire : la plupart de ces partis sont à base ethnique ou régionaliste. Si l’on n’y prend garde, c’est à ce niveau que les problèmes pourraient surgir au lendemain du vote. Les différents candidats ont beau crié sur tous les toits, qu’ils sont contre l’ethnocentrisme et le régionalisme, leurs militants n’en n’ont cure. Les débats dans les cafés, taxis, marchés, familles et même au sein de l’élite en font foi. Et puis, il suffit de fréquenter les états-majors de ces partis ou d’assister à leurs réunions hebdomadaires, pour se rendre compte de la réalité du communautarisme. Le vote du 27 juin échappera-t-il à cette vérité ? En tout cas, c’est à ce seul prix qu’un candidat pourrait l’emporter dès le premier tour. Attendons donc de voir !
Le troisième enjeu est le rôle des autorités de la transition. Jusque-là, nous n’avons assisté à aucune immixtion d’un quelconque ministre dans la campagne électorale. C’est un bon signe de neutralité. Mais force est de reconnaître que le gouvernement n’a pas été très « chaud » pour ce scrutin. Le Premier Ministre, chef du gouvernement, qui avait été chargé par le Président de la transition à préparer le terrain à l’organisation d’élections libres et transparentes, s’est montré très sceptique à la tenue du scrutin au 27 juin. Il mettait en cause les moyens insuffisants accordés à la CENI. Il n’était pas favorable à l’adoption de la nouvelle Constitution par ordonnance.
M.Jean-Marie Doré, aurait souhaité l’organisation d’un référendum. Ce qui contraste avec la volonté du Général Sékouba Konaté à aller vite aux élections et à rendre le pouvoir à un civil. Malgré les intentions des uns et des autres, le Président Konaté a maintenu le cap : la présidentielle se tiendra le 27 juin 2010. Il a réaffirmé, haut et fort, qu’il n’a ni candidat à faire élire ni à soutenir.
Après 50 ans de régime tyrannique et militaire, la Guinée n’a pas le droit de rater cette occasion. La présidentielle du 27 juin demeure un scrutin très ouvert. Pour la première fois dans l’histoire du pays, il n’y a ni Président au pouvoir, ni parti au pouvoir encore moins de ministre comme candidat. Le destin des 24 candidats est entre les mains des électeurs. Puisse le vote se déroulé en toute transparence et quiétude.
BAH Boubacar « AZOCA »
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